Macbett de Ionesco Avec Florencia Cano Lanza, mise en scene par Jeremie Le Louët Le bruit du Off

Publié le par l'écume des jours

La rumeur d'un festival ...DSC_0405.JPG

Un Macbett bien trempé 27 juillet 2010 eleonorzastavia Avignon Off 2010, Pierrre Salles, théâtre Les Dramaticules, Macbett Laisser un commentaire Macbett de Ionesco – Jérémie Le Louët – Petit Louvre – 20h Jérémie Le Louët et la compagnie des Dramaticules reviennent à Avignon avec la reprise de « Macbett » de Ionesco. Cette jeune compagnie créée en 2002 axe son travail sur la mise en lumière des facettes dérisoires et grotesques de l’humanité. Macbett et Banco, deux généraux du tyran Duncan, sont en guerre contre deux félons à leur souverain, et vont tomber, tour à tour, sur deux sorcières qui leur prédira un glorieux futur. Trompés par les sorcières et leur irrésistible soif de pouvoir, les deux hommes, jusqu’au-boutistes, iront jusqu’au crime afin d’asseoir les fameuses prédictions, et tenter d’en éviter les écueils, vainement … Macbett est une relecture exacerbée de Macbeth de Shakespeare, une version boursouflée et exacerbée, dans laquelle la dramaturgie de Shakespeare est passée au prisme d’une loupe ubuesque. Ionesco voulait porter le grotesque à son paroxysme, la barbarie et l’impuissance face au destin… Jérémie Le Louët, avec une troupe exemplaire, réussit un travail d’une évidente efficacité. Tout n’est ici qu’exagération sans caricature, de jeu puissant sans sur-jeu. La proposition, construite sur le rythme de la voix et du corps, dans un strict espace géométrique et temporel, permet de resserrer à l’extrême ce cri Shakespearien enflé par Ionesco… Jérémie Le Louët et sa troupe parviennent, et avec quel brio !, à restituer superbement cette déferlante de verbe et de personnages émétiques. Jérémie Le Louët ne s’embarrasse pas d’une scénographie complexe et par trop présente, qui ne servirait en rien une œuvre qui replace l’Homme, ses plus sombres bassesses, au centre du sujet. Le plateau est divisé en deux parties, permettant l’occupation d’un espace coulisse à vue, procédé largement utilisé dans les nombreuses mises en scène d’Ubu, mais toujours aussi efficace. Ce dispositif autorise d’indéniables effets comiques, les acteurs passant simultanément d’un tableau à l’autre. Le texte, vociféré, éructé même, mais sans caricature, avec une extrême précision quelqu’en soit le débit, fut-il inhumain, exige une réelle et très subtile indexation de la puissance d’émission, qui peut parfois indisposer, surtout les spectateurs du premier rang. Mais n’est-ce pas également le parti pris de la mise-en-scène, tendant à saturer du trop-plein de l’âme noire et déformée des protagonistes ? La musique omniprésente, sculpte de façon éloquente l’ensemble, sans empiéter sur le jeu des acteurs. En revanche, ceux-ci sont curieusement éclairés, un léger manque de proportion et de précision contribuant cependant à l’atmosphère visuelle particulière de la proposition. Jérémie Le Louët campe un Duncan tout en finesse, d’un jeu qui colle parfaitement au personnage. Il sait faire passer son rôle d’un état à l’autre, en un battement de paupière. Un comique inquiétant, un lâche dangereux servi par un très bon acteur, qui a su diriger sa troupe sans s’oublier. Une mécanique bien huilée, une troupe qui sert au cordeau les options du metteur en scène, avec un maximum d’engagement et de sincérité, et tout l’absurde de situation et l’exagération nécessaires à cette œuvre. Une réalisation qui porte de façon convaincante le texte de Ionesco. Pierre Salles

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