Les bonnes de Genet un succès au festival d’avignon. Photo Florencia Cano Lanza

Publié le par Florencia Cano Lanza

LES BONNES

Théâtre du Tremplin
8, ter rue Cornue
84000 Avignon
04 90 85 05 00

14h30

Début de journée difficile avec beaucoup de mal pour trouver un endroit où se garer. Mais Avignon, ça se mérite!

Un café à une terrasse et nous voilà déjà au théâtre du Tremplin avec cette volonté de voir un classique... Les bonnes de Jean Genet. Une petite salle avec un côté rustique, mis en valeur par un décor déjà installé.

On remarque déjà les indispensables robes, la fenêtre et ses grands voilages, le secrétaire et le récepteur, ainsi que les fleurs "funèbres" accumulées dans la chambre de "Madame" comme le dit le texte.

Les deux actrices sont déjà là, dos à dos, ainsi qu'un silence et une pénombre intrigante qui colle parfaitement à l'esprit de la pièce. Les regards inquiétants sont posés sur nous et "le bruit de leurs gants" vient nous claquer à la figure. Les uns, ceux de Claire, de satin noirs et robe de "Madame", et les autres, de sa sœur aînée, Solange, respirant trop l'évier.
Les jeunes actrices principales sont  époustouflantes et sublimes, respectivement Claire, Anne Sophie Picard et Solange, Laetitia Vercken.

Voilà, déjà je suis fascinée, mes lèvres ne peuvent s'empêcher de murmurer quelques répliques, Chacune tient son rôle avec une précision à vous coller des frissons dans le dos. Exactement comme on imagine l'univers des Bonnes de Jean Genet !

Un léger coup de cœur pour le rôle de Solange, que Laetitia Vercken, prix Olga Horstig en 2005, va emporter avec excellence à mes yeux dès les premières répliques dans son rôle de bonne, en habit noir et cheveux tirés à quatre épingles nous donnant sans pudeur et dans un jeu magnifique toutes ses émotions, ses sentiments, sa sincérité, son jeu. Ses lèvres qu'elle pince et cette lueur sarcastique dans son regard nous monopolisent aussitôt.

Et Claire, plus Claire que jamais, alias Anne Sophie Picard, va aussi et avec beaucoup de grâce, passer de la cadette qu'elle est à "Madame" répétant ainsi avec sa sœur aînée le meurtre de sa maîtresse de maison tantôt en robe rouge, qui manque néanmoins d'un peu d'éclat, tantôt sous le voile bleu d'une vierge Marie ou de la bonne qu'elle est, changeant ainsi de peau avec perfection. Chacune dans sa partition très différente mais aussi "jumelle" comme le veut l'auteur, à se confondre. Un bel équilibre où chaque mot prend tout son sens et vient nous frapper en plein cœur.

Enfin arrive Madame, dont le rôle est interprété par la très élégante et gracieuse Isabelle Montoya. Ce rôle, beaucoup plus difficile qu'on ne croit puisque déclencheur,  l'actrice va le porter avec une grande délicatesse.

On regarde autour de soi, le public est en haleine, porté, absorbé et suivant jusqu'au bout. Voilà ce qu’on appelle du spectacle vivant. Les actrices donnent tout avec justesse et maîtrise du jeu.

Tout le monde applaudira vivement, encore sous l'émotion d'une excellente prestation d'acteurs.Un entretien fort agréable à la fin du spectacle avec la metteure en scène, Véronique Costa, que nous félicitons pour avoir su respecter l'âme de cette pièce et nous ne sommes pas les seuls à lui dire. Cette pièce a fait l'objet d'une commande de la ville de Clichy-La-Garenne pour notre grand bonheur et nous lui souhaitons un beau et long parcours.

Quant à l'auteur, Jean Genet s'est il inspiré du fait divers des sœurs Papin, sœurs orphelines, tout comme il est aussi? Inspiration qui aura sûrement contribué à lui donner cette écriture si poignante de pièces ou de textes "écorchés vifs".

Les deux sœurs, dépassées par leur condition de femmes de maison, deviennent d'impitoyables criminelles préméditant les meurtres de leur maîtresse de maison. Elles en perdent même leur identité, leur intimité, la tête. Qui est Claire? Qui est Solange?

Ce grand classique peut parfois faire sombrer dans un jeu trop "brutal" où l'on ne voit que des excès de violence, de rage ou de crêpage de chignon. Mais pas au théâtre du Tremplin !

Une pensée de femme toute particulière pour toutes les comédiennes qui ont ou auront la chance de prendre la peau de tels personnages si poignants.

 

Pascale Di Constanzo

 

 

Les Bonnes

De Jean Genet

Compagnie Des Lumières

Avec : Isabelle Montoya, Anne-Sophie Picard, Laetitia Vercken

Metteur en scène : Véronique Costa
Assistante de réalisation : Marjolaine Vauchelle
Décor : Céline Tanguy

Création lumières : benoit baillard

Credit photos : Florencia Cano Lanza

 

Publié dans THEATRE

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