Le petit Fils de Boris Vian été parmi nous avec Jean Bouquin et Beatrice de la Boulaye pour la dernière de l'écume des jours au Théâtre Dejazet

Publié le par l'écume des jours

Un grand merci à Jean Bouquin pour son accueil et sa générosité. Photo prise le 11 avril 2009 après la représentation de L'écume des jours de Boris Vian  de droite a gauche : avec Jean Bouquin, Béatrice de la Boulaye (notre metteuse en scène) Le petit fils de Boris Vian, Florencia Cano Lanza et Mme Vian...
 

Directeur du Théâtre DejazetLe site officiel du Théâtre Dejazet

à Propos de Jean Bouquin : Lire l'article ci desous
 
Interview  (Paris)  22 décembre 2005

Depuis 1976, Jean Bouquin, ancien créateur de mode et de costumes, préside aux destinées du Théâtre Dejazet, un théâtre chargé d'histoire qui fût l'unique rescapé du Boulevard du Crime détruit par les grands travaux haussmaniens, qu'il a complètement reconstruit à l'identique. 

Amour et humanisme guident sa programmation pour un théâtre libre et passionné. Crinière blanche, volubile, Jean Bouquin nous a accordé une longue interview pour un parcours atypique et un engagement indéfectible. 

Comment êtes-vous devenu le directeur du Théâtre Dejazet?

Jean Bouquin : C'est assez compliqué et simple à la fois. C'est le cheminement d'une vie. Je suis né dans ce quartier et je venais ici en 1943 comme spectateur d'un cinéma avec mes parents et mon frère. Auparavant ce lieu était un théâtre qui avait été fermé en 1939 et en 1943 Marcel Carné y avait tourné "Les enfants du paradis". J'y suis venu jusqu'à l'âge adulte et puis le temps a passé. En 1974, pour des raisons d'idéologie te de passion, j'ai milité en faveur de François Mitterrand. Le socialistes n'avaient pas de personnes qui oeuvraient dans la culture, Jack Lang n'étant pas encore socialiste.

De mon métier précédent, dans la mode, je connaissais beaucoup d'artistes et je me suis investi dans les élections de 1974. J'avais donné à l'époque des conseils que je croyais assez judicieux mais que Mitterrand n'a pas suivi à l'époque, mais qu'il a suivi ensuite en 1981. J'ai été très déçu du résultat négatif des élections et je suis presque tombé en dépression tant ma croyance au succès avait été forte. Je souhaitais tellement que les choses changent, qu'il y ait plus d'égalité, de justice. Car on ne peut laisser les choses en l'état.

Et d'ailleurs ce que j'avais dit s'est réalisé avec les problèmes récents des banlieues car les faits sont têtus. Je pensais voir réussir la gauche de mon vivant aussi pour mon père et son militantisme. Bon nous avons perdu à 400 000 voix près et cela pas parce que les autres ont été meilleurs.

Ecartons nous un peu de la politique car ensuite j'ai voulu réaliser un film. J'avais collaboré à beaucoup de longs métrages en tant que costumier et je connaissais beaucoup de gens dans ce métier. Il s'agissait d'un film pamphlétaire sur les excès et la démagogie du président en place, Valéry Giscard d'Estaing, qui est un homme politique comme les autres, pour montrer ma colère de cette défaite. Son comportement très démagogique avec ses invitations à dîner chez les gens reflétait un comportement de monarque tout en voulant être populaire. Il prenait le petit déjeuner à 5 heures du matin avec les éboueurs, il conduisait lui-même sa 2CV avec des passagers peu opportuns compte tenu de sa condition notamment d'homme marié.

J'ai donc écrit un scénario que je considère bon et fort tiré d'un film culte "Hellzapoppin" qui était un film de 1942, un chef d'œuvre d'humour, de baroque et de folie. Comme interprète, j'avais Coluche Bernadette Lafont, Bulle Ogier, et autres vedettes et je cherchais un personnage qui traverserait le film comme dans Hellzapoppin et qui serait le témoin qui rencontrerait sans arrêt Giscard d'Estaing. Je connaissais Michel Cournot qui était, et est toujours journaliste et qui a tourné un seul film "Les gauloises bleues" dans lequel jouait un lilliputien qui se nommait Mister Jimmy et qui était la copie conforme en modèle réduit de Giscard d'Estaing. Seule différence, il portait une moustache et donc par contrat on lui demandait de se raser.

Ce film devait avoir pour titre "La vie fabuleuse d'Evariste …" qui était l'anagramme des lettres de Giscard d'Estaing. Je cherchais également une comédienne pour faire le vis à vis avec Giscard d'Estaing. J'ai donc fait tous les théâtres et les cafés théâtres pour découvrir dans une salle devant 3 spectateurs un monument de talent, d'humour et de drôlerie. C'était Zouk. Je lui ai proposé le rôle et son imprésario l'a incité à accepter. Et Zouk a dit, et on arrive au Théâtre Dejazet, "Je veux bien accepter mais ce que je veux faire c'est du théâtre.". J'ai dit "OK" et j'ai acheté un théâtre qui n'était pas celui-là. Elle est venu jouer dans ce théâtre et en un an elle est devenue une immense vedette.

Mais son problème était de se soigner. Si elle jouait sur scène, elle n'était pas malade mais dès qu'elle ne jouait plus elle était en hôpital psychiatrique. Pendant deux ans et demi j'ai été son esclave. Il fallait tout lui faire, et vraiment tout jusqu'à lui faire à manger et l'accompagner aux toilettes. Le temps a passé et je n'ai pas pu réaliser mon film. Parce que Zouk s'occupait d'elle comme tous les gens, elle était d'un égoïsme rare. De plus, l'intérêt de mon film était d'être fait dans l'immédiateté puisqu'il était basé sur l'actualité. J'avais l'exemple du film "Le petit soldat" de Jean Luc Godard sur la Guerre d'Algérie et qui n'a pu sortir que 2 ans après les accords d'Evian ce qui lui a fait perdre une grande partie de son intérêt.

J'ai donc renoncé à ce projet. Me restait le théâtre dans lequel jouait Coluche tous les soirs. Il m'a fait part d'une de ses idées qui était de représenter la trilogie de ses pièces "Ginette Lacaze, "Thérèse et triste" et "Introduction à l'esthétique", un peu comme Pagnol. J'ai trouvé l'idée extraordinaire et j'adorais Coluche qui avait un talent immense. J'ai donc cherché un endroit et je me suis rappelé de mon enfance et du cinéma. J'ai envoyé quelqu'un qui m'ennuyait tout le temps en voulant me vendre quelque chose, je lui ai dit "Comme vous voulez toujours me vendre quelque chose, allez donc m'en acheter une, comme ça on va gagner un tour !".

Ce cinéma avait été vendu et était destiné à devenir un Prisunic. Je me suis aperçu qu'il avait conclu un bail mais pas vendu la société à qui appartenait les murs. J'ai donc racheté cette société et résilié le bail. Mais, il n'existait plus rien dans ce théâtre. Tout avait été détruit. Le 10 juillet 1976, je me suis lancé dans des travaux titanesques pour reconstruire ce théâtre. Et en février 1977, Coluche a joué ici. Et depuis, j'y suis resté.

Quelles sont les lignes directrices qui vous guident?

Jean Bouquin : Des coups d'amour. Ce ne peut être que cela. Car c'est la vie.

Vous devez être submergé de propositions?

Jean Bouquin : Oui, parce qu'il y a plus de demandes que de théâtre. Pour ma part, cela ne fonctionne qu'au coup de cœur avec de s gens qui sentent qui se passe quelque chose dans ce lieu qui n'est pas un lieu ordinaire. C'est dans ce théâtre qu'a débuté Offenbach en 1855 et ce lieu a un passé. De nombreux artistes de la chanson ou du music hall ont joué ici comme Véronique Sanson, Léo Ferré, Moustaki, Laurent Gerra, Elie Kakou, Gad Elmaleh…

Il y a beaucoup de gens que j'aime et qui ne joue pas ici parce que par principe je ne les appelle pas. Je rêve que Pierre Perret pour lequel je voue un amour immodéré ou Jean Louis Trintignant m'appelle et me demande de venir ici. Comme ils ne le font pas. Tant pis. Tant pis pour moi ou pour eux. Je ne sollicite jamais les gens en leur disant : "Venez chez moi, il fait beau!". Je ne veux pas qu'ils pensent que j'use de leur amitié pour qu'ils me rendent service.

Ainsi, Jean-Marie Bigard, à qui, d'après lui, j'ai rendu un très grand service, m'a dit qu'il n'y aucun problème pour venir et que je n'ai qu'à demander. Bien évidemment, je ne lui demanderais jamais.

Vous avez cité des artistes de variétés mais le théâtre Dejazet c'est aussi le théâtre.

Jean Bouquin : Bien sûr, c'est essentiellement cela. Il existe une franc-maçonnerie dans le théâtre, dont je ne fais pas partie, ceux que j'appelle "les coquins et les malins", qui restent entre eux. Il y a des théâtres magnifiques comme le théâtre Hébertot, les Variétés, le théâtre Antoine, le théâtre de l'Atelier, le théâtre du Palais Royal, le théâtre du Gymnase. J'ai redonné vie à ce théâtre et il faut savoir boxer dans sa catégorie. Il fallait donc petit à petit arriver à exister.

Jacques Weber est venu jouer "Phèdre" avec Carole Bouquet par exemple. Nous avons fait des pièces extraordinaires avec la Compagnie Fracasse. Cela étant, nous n'avons pas encore acquis nos lettres de noblesse parce que le Théâtre Dejazet est le seul théâtre parisien non subventionné. Et le manque de courage, sinon de lâcheté, incite les gens a privilégier les lieux plus sécures et plus tranquilles dans lesquels le fonds de soutien leur octroie l'argent nécessaire même si la pièce ne marche pas.

Ainsi le spectacle sur Frida Kahlo a été monté sans argent. Prochainement, nous jouerons "Les marionnettes de Salzbourg" et "L'opéra de quat'sous" de Kurt Weill qui sont extraordinaires. Notre fil conducteur c'est la qualité.

L'absence de subvention est également une prise de position de votre part?

Jean Bouquin : Oui. Ayant fait un peu derrière le miroir de la politique, je sais que les subventions sont incompatibles avec l'indépendance.

L'indépendance c'est un lourd prix à payer?

Jean Bouquin : C'est un prix de folie ! Cela implique d'être janséniste, ce que je suis, ascète, sans reproche parce que bien évidemment tout le monde vous guette pour chercher la faille. J'ai reconstruit ce théâtre tout seul, sans aucune aide. Prouver que cela est possible sans aide. Mais c'est ma lutte, mon combat. En attendant de faire lé révolution, car mon vrai combat est que le monde change. Nous avons failli en 1968 et c'est pourquoi si je me suis battu pour Français Mitterrand.

Comment faites-vous pour équilibrer votre budget financier puisque tous les directeurs de théâtre se plaignent?

Jean Bouquin : Je vais vous raconter une anecdote. Il y a une quinzaine d'années, alors que de nombreux théâtres mettaient la clé sous la porte, une journaliste du Figaro m'a demandé comment je réussissais à survivre. Je lui ai répondu : "Je n'ai qu'un secret : je refuse toute subvention!". Bien sûr, c'était de l'humour mais elle a retenu cette phrase comme titre de son article et tout le monde m'est tombé sur le dos. Les directeurs se plaignent parce qu'ils comparent le montant des subventions qui leur sont allouées avec le montant des dépenses qui est très souvent nettement plus élevés. Mais ils oublient les recettes et ils ne font guère d'économies sur le fonctionnement.

Redevenons sérieux. Mon secret est que je ne suis pas payé. J'applique des règles très strictes de gestion. Nous avons aussi un personnel très réduit. Le théâtre génère assez d'argent pour fonctionner normalement mais sans faire de folie. Bien sûr, on ne s'enrichit pas. Pour cela il faut faire parking ! Mais le théâtre reste un endroit privilégié, le seul endroit aujourd'hui où on peut faire de la révolte, où on peut tout dire, il n'y a pas de censure. Au théâtre, comme Molière, vous prenez deux chaises et un tréteau, et vous dites ce que vous avez à dire. Bien sûr, je reconnais que je ne programme pas que des choses révolutionnaires. Je le regrette d'ailleurs.

Donc au niveau financier, c'est un peu les vases communicants : un spectacle qui marche bien permet de financer un spectacle plus difficile?

Jean Bouquin : Oui. Par exemple, en ce moment, Roland Magdane, qui est actuellement à l'affiche, a loué la salle pour un prix raisonnable ce qui nous permet de tenir et d'envisager de monter des spectacles qui n'ont pas de budget. Je suis ouvert à toutes les propositions dans ce sens. Ainsi au mois de janvier, Saïda Churchill viendra présenter son nouveau spectacle "Sujet : Chomsky" qui ne nous fera sans doute pas gagner d'argent. Et puis après, "Les marionnettes de Salzbourg" qui épongera les pertes. Je procédais déjà ainsi quand j'étais couturier. Les bénéfices dégagés sur les ventes auprès de gens aisés me permettaient de faire gratuitement les costumes pour les jeunes réalisateurs ou comédiens.

Vous pratiquiez le système de répartition avant l'heure !

Jean Bouquin : Oui.

Vous avez complètement rénové l'appartement qui se situe au premier étage et qui était attaché à ce théâtre?

Jean Bouquin : Oui, effectivement. Il faut rappeler qu'à l'origine ce lieu a été construit pour Charles X, le frère de Louis XVIII, qui était un homme de plaisirs. Il s'est donc fait construire un magnifique jeu de paume à cet endroit avec au dessus des appartements. Cette maison avait été recensée comme une des 100 plus belles de Paris. J'ai mis 20 ans pour récupérer ces appartements et, comme je suis inculte, fils de blanchisseuse, j'ai fais de nombreuses recherches pour les refaire à l'identique. A une époque où on détruit tout, j'ai voulu reconstruire pour montrer que l'on pouvait encore faire de belles choses.

Quelle en est la destination?

Jean Bouquin : Nous ferons une exposition sur Virginie Dejazet qui était une femme extraordinaire et la première femme comédienne qui n'était pas une femme entretenue. Elle s'est battue jusqu'à la mort allant même jusqu'à repartir sur les routes à 75 ans pour conserver le théâtre. Car à l'époque, ce théâtre figurait parmi les 52 théâtres de ce qu'on appelait "le boulevard du crime" et dont 51 ont été expropriés, pour un bon prix d'ailleurs, le double de leur valeur, et détruits pour les travaux haussmanniens.

Or, le théâtre Dejazet a été épargné, malgré l'espoir de Virginie Dejazet, car il se trouvait sur le mauvais côté de la rue là où il y avait des carrières ce qui aurait engendré des travaux très coûteux. Mais en raison des travaux la fréquentation du théâtre a chuté et elle a vendu le théâtre en 1876. En 1976, et il n'y a pas de hasard, le premier acte que j'ai fait a été de remettre le nom "Dejazet" sans connaître l'histoire de cette femme. Je l'ai découvert par la suite Et je vais régulièrement fleurir sa tombe qui est au cimetière du Père Lachaise.

Fonctionner au coup de cœur permet-il de prévoir une programmation à long terme?

Jean Bouquin : Oui. Ainsi hier a eu lieu une lecture d'une pièce dans l'esprit des films de Robert Guédiguian pour laquelle nous allons étudier une programmation dans un an. Par exemple, j'avais repéré Laurent Gerra quand il passait dans les émissions de Michel Drucker et je lui avais dit que mon théâtre lui était ouvert s'il le voulait. Il s'en est souvenu et quand il a fait son premier spectacle il est venu jouer au Théâtre Dejazet où il a obtenu un Molière. Pour "Le quatuor" aucun théâtre n'en voulait. Et ils ont eu un Molière ici. Pour le théâtre, c'est un peu plus difficile car les comédiens, qui sont assistés avec leur statut d'intermittent du spectacle, sont plus frileux

Avez-vous des projets personnels de théâtre?

Jean Bouquin : Je précise que je n'ai pas pris ce théâtre pour y faire jouer un ou une petite amie, que je n'ai pas d'ego, que je n'ai jamais eu envie de monter sur scène et que mon nom ne figure nulle part. Et puis a chacun son métier. Mon métier ce n'est même pas d'être directeur de théâtre c'est être spectateur. Mais j'ai ce lieu et tant que je l'aurais je le mettrais à la disposition de ceux qui veulent vivre leur passion.

Cela étant, j'ai eu envie, il y a bien longtemps avant d'avoir ce théâtre, après avoir fait des costumes pour "Le misanthrope" de Bourseiller avec Yves Régnier qui s'est joué à l'Odéon, de monter "Le bourgeois gentilhomme" en tant que metteur en scène parce que j'étais amoureux dans le bon sens du terme de Jean Pierre Kalfon qui est un comédien extraordinaire avec des blousons de cuir genre "L'équipée sauvage" avec Marlon Brando. Or, 35 ans après, va se jouer prochainement "Le bourgeois gentilhomme" avec Jean Marie Bigard dans une mise en scène moderne avec Alain Sachs. Bien évidemment, ils ne m'ont pas piqué l'idée puisque je ne l'avais dit à personne.

Bigard a compris qu'il fallait sortir de ses blagues un peu graveleuses. Ainsi pour Frida Kahlo, qui est un personnage que j'aime beaucoup, j'ai eu l'idée du spectacle mais j'ai réuni les gens qui pouvaient le faire. Mais je n'ai fait ni la mise en scène ni les costumes pour lesquels j'ai fait appel à des jeunes de l'école Esmod qui ont été mes élèves.

Vous disiez que vous êtes avant tout spectateur. Sortez-vous de votre théâtre voir les autres pièces à l'affiche?

Jean Bouquin : Absolument. Mais je ne vais pas tout voir. Je ne vais voir que ce qui m'intéresse ce qui est un peu partial mais je m'en excuse. Mais de la même manière que quand j'étais dans la mode, et j'ai été un grand de la mode, je n'allais jamais voir ce que faisaient les autres. Je n'avais jamais regardé un journal de mode. J'étais vierge, pour un garçon on dirait puceau de toute idée ce qui évite de reproduire les idées des autres.

Si je peignais je serai imprégné de Sisley, de Picasso, Dali ou un autre et de d'Arman pour les sculptures. Bon je ne peins pas parce que je n'ai pas de talent et mon peintre préféré c'est Vuillard, le plus proche de ce que je faisais dans la mode. Je vais voir les spectacles de mes mais et je suis heureux d'y aller et sinon découvrir des choses. Je suis sans cesse à la recherche de choses nouvelles et des gens qui ont encore tout à prouver. Un peu comme Saïda Churchill qui ouvrira l'année avec "Sujet : Chomsky".

Avez-vous fait des découvertes récemment?

Jean Bouquin : Un jeune homme qui imitait les feuilles et mais il a pris un peu la grosse tête du fait de passages à la télévision. J'avais découvert Caubère il y a 20 ans mais il a joué ailleurs. Quand je vois les gens je sens leur potentiel. J'ai connu Coluche en 1966 quand il était totalement inconnu et en 1976 il a fait l'ouverture ici.

En ce moment, j'ai reperé Van der Brocke qui joue maintenant au Théâtre Darius Milhaud. Un nom invraisemblable et difficile à porter encore que Bashung, Polnareff et ou Aznavour n'avait pas des noms faciles et ils ont bien réussi en ayant le courage de garder leur nom mais en plus il est en train de changer pour un nom ridicule. Il est vrai qu'à une époque c'était la mode des noms faciles comme Boyer, Sablon et ensuite est venu la mode des noms compliqués à consonance des pays de l'Est qui étaient soi-disant synonymes de talent.

Le livre "50 ans d'histoire : Saint-Tropez –Les années mythiques – Les créateurs" comporte quelque pages qui vous sont consacrés. Y avez-vous contribué?

Jean Bouquin : Non. Ma fille m'a offert ce livre en cadeau et j'ai eu la surprise de m'y voir dedans. Et je figure également dans l'album "Parisiens" d'Anne Bourgeois qui parle de 50 parisiens connus ou pas dont la personnalité lui a semblé intéressante.

C'est bientôt la période des vœux et comme vous vous intéressez à la culture, au théâtre, à Paris, quels seraient les vôtres pour 2006 ?

Jean Bouquin : Le vœu le plus simple serait que les parisiens redeviennent de vrais parisiens et qu'ils oublient ce qu'on veut leur faire croire comme les problèmes de circulation alors qu'il s'agit de politique électorale. J'ai vécu 3 grandes époques : 1945 la Libération c'était la première fois qu'on me donnait quelque chose et les américains m'ont donné des friandises et un paquet de cigarettes que j'ai apporté à mon père en courant car depuis 4ans il ne fumait plus que des feuilles de topinambour. En 1968, on m'a donné la possibilité à moi, fils de blanchisseuse qui n'a pas fait d'études, d'entrer et d'exister dans la Sorbonne. Et puis en 1981 j'ai pu dire à mon père, grâce à M. Mitterrand que j'ai a remercié, que la gauche était au pouvoir. Et j'aimerai retrouver cette beauté du 11 mai place de la Bastille où les dieux se sont fâchés en faisant tomber une pluie battante.

Le seul souhait est que M. Sarkozy ne passe pas car il est responsable de ce qui s'est passé dans les banlieues. Et donc aussi que les parisiens redeviennent parisiens avec une vraie liberté, une vraie passion, une fraternité et que le mot humanisme soit employé tous les matins, quand les gens penseront plus aux autres qu'à eux.

La plus belle phrase que j'ai connu de ma vie et que j'ai appliquée depuis l'âge de 19 ans, à la mort de mon père, c'est la dernière phrase de "L'écume des jours" de Boris Vian que je n'ai pourtant lu qu'à 31 ans qui résume toute ma vie et qui montre combien c'est important d'aimer les autres et qu'il n'y a que ça de vrai. Cette phrase on ne peut pas l'apprendre par cœur, on ne peut pas se l'appliquer il fait la porter en soi! C'est comme tomber en religion, même si je ne suis pas mystique. J'ai compris qu'il fallait donner du bonheur aux autres et arrêter de ne penser qu'à soi. Je voudrais que les parisiens pensent à Paris qui est une ville magnifique mais qui a toujours été révoltée.

Regardez les plaques sur les immeubles en hommage à ceux qui sont tombés pour libérer la ville et que les autres ne soient plus prisonniers. Et ils se sont battus pas toujours avec un fusil. Tous les jours en faisant une action on évite que la gangrène s'installe.

 

"Il venait en chantant onze petites filles aveugles de l'orphelinat de Jules l'Apostolique." Boris Vian in "L'écume des jours"


par l'écume des jours publié dans : Derniere communauté : L'écume des jours
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