nouvelle critique sur l'écume des jours.

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L’écume des jours

L’écume des jours

Publié par Benjamin Goldenberg dans Théâtre le 03 avr 2009
L’écume des jours, l’envers et l’endroit du décor, et vice et versa… La compagnie La Bouée présente au théâtre Dejazet une adaptation adorablement décalée, colorée et rythmée de l’ouvrage phare de Boris Vian. Deux heures de spectacle haletant où les comédiens qui nous font face, et seulement face, s’amusent avec leur texte autant qu’ils nous amusent. lecume-1cla-bouee Le texte, qui prend quelques libertés avec l’original, ainsi que les personnages imaginés par Boris Vian sont savoureux à souhait. Le cuisinier, interprété par Nicolas Guillot, s’amuse à mélanger les mets comme Boris Vian mélange les mots. Romain Vissol, qui interprète le rôle de Colin, est lui pétillant, traversant la scène comme un poisson dans l’eau. Chick, Hubert Delattre, est comme un coq en pâtre en collectionneur obsessionnel des œuvres de Jean-Sol Partre. Le reste de la troupe, professionnellement amateur, n’est pas en reste et les comédiennes, plus développées « dans le sens perpendiculaire » ajoutent une touche de saine folie. La mise en scène et les costumes sont à la croisée du champ, hors-champ et contre-champ. Les costumes quatre pièces détachés sont enfilés directement devant nous avec une aisance approximative. La scène est quant à elle divisée en deux espaces distincts mais apparents. La zone de non-jeu ou surface de préparation, où se trouve le bar à bruit et le pianocktail, fait partie intégrante de la pièce, et inversement. Dès lors, autant le temps que l’espace laissent place au travail de la rêverie sensorielle. lecume-4cla-bouee Des tribulations théâtrales et allégoriques sur un air de jazz…
L’univers surréaliste est retranscrit sur scène d’une manière surprenante et singulière. Le décor est fait de cubes aux couleurs vivantes et laisse au spectateur la possibilité de créer son propre théâtre. Chacun pourra alors imaginer ce qui pourrait remplacer ces gros carrés au fur et à mesure du récit. Le lien est donc fait entre la littérature et le théâtre dans la sphère de l’irréel où les souvenirs de lecture se mêlent aux images offertes par la pièce. Au-delà, ce mélange des genres s’étend, à l’instar de la croissance allégorique du nénuphar dans le poumon de Chloé, à la musique. Les comédiens jouent avec le texte comme un jazzman avec sa partition. Cette proximité avec l’improvisation est voulue par le metteur en scène qui déclarait que « Transposer L’Ecume des Jours sur une scène de théâtre requiert (…) une scénographie vivante (…) laissant à chacun la possibilité d’une partition individuelle et créative, et avec pour seul objectif le swing, le rythme, l’émotion. » Les nombreuses références à Duke Ellington concourent à créer une ambiance légère et cadencée, au son du jazz de la Nouvelle Orléans. Finalement, bien que le rythme tende à s’éroder vers la fin, on se laisse bercer par le son des vagues que l’on savoure avec un plaisir non voilé. Ça va jazzer au Dejazet… INFORMATIONS & DETAILS ♦

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